DGSE/DCRI : la Stasi française

Source : O1net.com

Non seulement le service secret français dispose d’un accès total et en dehors de tout contrôle sur les réseaux d’Orange, mais en plus les deux organisations collaborent pour parfaire les technologies d’écoute et de cryptanalyse.

On s’en doutait déjà un peu, le journal Le Monde vient maintenant d’en fournir la confirmation : la fameuse « société télécoms » partenaire de la DGSE, auquel faisait référence un document d’Edward Snowden révélé en novembre dernier, n’est autre que l’opérateur historique Orange. La véritable nouveauté que révèle le journal du soir, en revanche, est l’aspect inconditionnel, voire incestueux, qui caractérise ce partenariat.

La DGSE et l’opérateur télécom collaborent de manière profonde et en dehors de tout contrôle. Non seulement le service secret français dispose d’un accès libre et total à ses réseaux et aux flux de données qui y transitent, mais en plus les deux organisations travaillent ensemble pour améliorer les techniques d’interception, en particulier quand il s’agit de casser le chiffrement des données qui circulent.

Cette relation particulière n’avait pas échappé au GCHQ, l’agence de surveillance britannique, qui estimait d’ailleurs qu’elle conférait un « avantage comparatif » à la DGSE dans le milieu des services secrets. Autrement dit, il est rare de trouver pareille collaboration ailleurs dans le monde, même aux Etats-Unis. Ce « coworking » est tellement efficace que le GCHQ s’est efforcé de se rapprocher de la DGSE et de son ami Orange, pour former une sorte de trio d’espionnage basé sur « le partage et la coopération ». A ce titre, les Britanniques auraient dit que les Français étaient « très désireux de nous montrer leur travail », notamment dans le domaine de la cryptologie.

Une culture commune : X-Télécom

Au quotidien, le partenariat entre la DGSE et Orange n’est géré que par un très petit nombre de personnes, réparties dans trois services : la direction des réseaux (qui gère notamment les points d’atterrissage des câbles sous-marins), la direction internationale (pour accéder aux réseaux étrangers de l’opérateur) et la direction sécurité. Cette dernière serait d’ailleurs « une chasse gardée des anciens de la direction technique de la DGSE ». Si la collaboration fonctionne aussi bien, c’est aussi parce que tout ce petit monde partage au fond la même culture : la filière X-Télécom (Ecole Polytechnique, suivi de Télécom Paris Tech). « Les X-Télécoms et la DGSE, c’est la même conception de l’Etat », explique un membre de cabinet ministériel dans Le Monde.

Interrogé par le journal, le président du syndicat CFE-CGC d’Orange, Sébastien Crozier, ne confirme pas la relation particulière entre l’opérateur et la DGSE, mais ne la réfute pas non plus. « Les opérateurs, quelle que soit leur taille, n’ont pas les moyens de résister. Etre opérateur, c’est bien plus qu’on ne croit une fonction de souveraineté nationale », explique-t-il. De son côté, la députée européenne Françoise Castex ne se dit guère surprise par ces révélations. « On comprend mieux le manque d’empressement du gouvernement français à dénoncer le scandale de la NSA, et qu’il ait mis plus d’un an et demi à transmettre aux eurodéputés français un semblant de position sur le paquet de données personnelles en cours de négociation au niveau européen. La France doit revoir sa législation nationale afin de garantir que la DGSE soit soumise à une vraie surveillance publique par le biais d’un contrôle parlementaire et judiciaire effectif », déclare-t-elle dans un communiqué. Etant donné l’imbrication des différents acteurs français, ce combat est loin d’être gagné d’avance.

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