Généralisation des arrestations arbitraires à caractère politique

Diffusé par le Réseau JORD le Vendredi 31 mai à 20h48

Source : Le Point

Dimanche 26 mai, après les incidents qui ont émaillé la fin de la Manif pour tous, 231 opposants au mariage homosexuel sont arrêtés et placés en garde à vue. Héloïse Pamart et Élise Marchand, amies et étudiantes, font partie du lot. Contactées par Le Point.fr, elles tiennent à dénoncer les conditions révoltantes de cette nuit passée “dans les geôles” de la République. Si toutes les deux avaient bien participé à la manifestation, elles avaient levé le camp avant le début des débordements. C’est en tentant de regagner le métro Concorde, “après avoir bu quelques bières non loin de là”, qu’elles sont arrêtées.

Héloïse tente alors de convaincre les CRS de les laisser s’en aller. “Un flic en civil” s’en mêle et menace, tout en déployant sa matraque télescopique, “de lui péter les genoux”. Parquées dans un panier à salade (un bus de police, NDLR) “puant et sale”, elles sont conduites dans un commissariat “glauque” du 18e arrondissement de Paris, rue de l’Évangile. Entre “deux parties de cartes”, un officier de police judiciaire (OPJ) finit par les placer en garde à vue pour non-dispersion après sommation. Plus de deux heures se sont déjà écoulées depuis leur interpellation…

Seize heures de garde à vue

Héloïse est alors contrainte par des “fliquettes” de retirer son soutien-gorge dans une pièce ouverte aux regards de tous. Des policiers rient à la vue de sa carte de membre de l’UMP (elle ne l’est plus aujourd’hui, NDLR). La jeune fille ne peut pas s’empêcher de pleurer. Mais ce n’est pour elle que le début d’une longue nuit. Traînée de commissariat en commissariat, elle est d’abord conduite à Maisons-Alfort, puis à Saint-Maur-des-Fossés. Sur le chemin, elle tente de convaincre des policiers “gentils” de faire un arrêt par un McDonald’s afin de se ravitailler. Refus. La voilà condamnée à passer la nuit dans une “cellule immonde”. Dans son malheur, Héloïse trouve du réconfort avec certains agents qui soutiennent sa cause. Au final, après seize heures de garde à vue, Héloïse écope d’un simple rappel à la loi. Élise est elle aussi rappelée à la loi, mais dans le commissariat tout aussi “répugnant” du 6e arrondissement. Toutes les deux sortent de cette nuit minées par la colère et l’incompréhension.

En conséquence de quoi, Héloïse et Élise s’apprêtent à déposer une plainte contre X et l’État français, mais leurs plaintes ne sont pas de simples actes isolés. Elles les déposeront conjointement avec la Manif pour tous, qui rassemble, depuis dimanche, un maximum de témoignages dans ce but. Quoiqu’il en résulte, les deux étudiantes entendent faire comprendre au gouvernement que la pression policière ne les arrêtera pas. Et que ce “combat judiciaire” n’est qu’une “étape de plus” dans leur opposition à la politique menée par François Hollande. Toutes les deux cherchent enfin à dénoncer des “arrestations politiques et arbitraires”, confortées dans cette idée par des témoignages anonymes de policiers. Et elles ne seraient pas les seules dans ce cas-là…

Une femme de 80 ans est arrêtée

Lundi 27 mai, François Hollande est attendu au lycée Buffon (Paris 15e) pour y célébrer les soixante-dix ans de la création du Conseil national de la résistance. Pour l’accueillir, des opposants au mariage pour tous ont fait le déplacement. Ils sont une petite centaine. Sans sommation aucune, ils sont encerclés par les forces de l’ordre et embarqués, un par un, vers le panier à salade, où règne “une chaleur étouffante”. Une vieille dame, une femme enceinte et des adolescents subissent le même sort. Conduits au commissariat de la rue de l’Évangile (Paris 18e), les opposants au mariage gay patientent dans une cour extérieure. Quelques heures plus tard, et après un simple relevé d’identité, ils sont tous reconduits vers la sortie. Une situation jugée inacceptable par ces militants et par Guillaume Larrivé, député UMP de l’Yonne. Contacté par Le Point.fr, l’élu confirme avoir saisi, en sa qualité de député, le Défenseur des droits, en l’occurrence Dominique Baudis. Agissant à la demande de Me Grégoire Étrillard, avocat de quatre des ex-détenus, il tient à dénoncer “le manquement aux règles de déontologie par les agents d’ordre présents”.

Dans des documents que Le Point.fr a pu consulter, plusieurs attestations témoignent des exactions commises par les forces de l’ordre. Louis, par exemple, raconte qu’il cherchait à rentrer chez lui en “deux-roues” après avoir participé à ce qu’il qualifie de “happening”. Il écrit aussi avoir été “outré” et “affolé” par son arrestation “non justifiée”. Le jeune homme n’oublie pas de souligner “l’attitude rieuse des CRS”. Un couple, accompagné d’une femme de 80 ans, est arrêté. Par la suite, un policier invite “la vieille à descendre du bus”. Une mère de famille se plaint d’avoir été parquée comme une “bête” dans le bus, puis dans une sorte de “préau”.

Guillaume Larrivé, en s’appuyant sur l’article 432-4 du Code pénal et sur le Code de la déontologie de la police nationale, cherche donc à démontrer que le cadre de l’arrestation et de la détention des manifestants était “très incertain”. Et ce même député de préciser aussitôt que sa démarche vise ceux qui donnent les ordres, et non ceux qui les exécutent. De son côté, Me Étrillard va déposer une plainte pour atteinte à la liberté d’aller et venir. Un nouveau combat commence, celui de la justice pour tous ?

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